La surveillante ne voulait plus l’entendre se plaindre…

Vélys avait bien appris depuis l’enfance à aller trouver l’adulte quand quelque chose n’allait pas.

Elle le faisait chaque fois. Quand on lui disait que c’est pas son tour d’effacer le tableau.
Quand les autres ne voulaient pas jouer avec elle.
Quand on lui disait qu’elle avait mal rangé ses affaires. Quand on ne voulait pas lui prêter la gomme.
Quand on l’avait dépassée à la file de cantine.

Elle allait trouver la surveillante.

Et un jour, la surveillante lui répond : “J’en ai marre de t’entendre te plaindre, va jouer ailleurs.”

En plus de 10 ans à accompagner des enfants en situation de harcèlement, j’ai vu cette scène des dizaines de fois.

L’enfant fait ce qu’on lui a dit. Et se retrouve encore plus isolé·e qu’avant.

Si ton enfant rapporte tout à la maîtresse, c’est probablement pareil.
Iel applique la règle qu’on lui a donnée. Sauf que cette règle-là, seule, ne suffit pas.

Ce qu’on apprend aux enfants et ce qu’on oublie de leur enseigner.

Le réflexe “va voir la maîtresse” : utile, mais insuffisant

“Va voir la maîtresse si quelqu’un est méchant avec toi.”

On l’installe tôt, ce réflexe.
Et il est utile, signaler une situation dangereuse à un adulte de confiance, c’est important.

C’est même essentiel dans certains cas.

Mais si c’est le seul outil que ton enfant possède, ça devient un problème.

Parce que dans la cour de récré, l’enfant qui rapporte tout finit par se retrouver dans une position délicate.

Les autres ne veulent plus jouer avec ellui. De peur d’être “dénoncé·e·s”.

Les adultes, sollicités en boucle, finissent par se lasser.

Et l’enfant se retrouve encore plus isolé·e qu’avant.

Alors qu’iel a juste fait ce qu’on lui a dit.

Quand la seule corde à l’arc devient un piège

Imagine ton enfant avec un seul outil dans sa trousse.

Un marteau.

Excellent pour planter un clou.
Inutile pour visser.
Inefficace pour peindre.

C’est exactement ce qui se passe avec le réflexe “va voir la maîtresse”.

Quand la situation nécessite un adulte, c’est le bon outil.

Quand la situation demande de s’affirmer, de poser une limite, de prendre sa place, ce n’est plus suffisant.

Et l’enfant qui n’a que ce marteau-là va l’utiliser quand même.

Encore et encore. Jusqu’à ce que les adultes s’en lassent.
Jusqu’à ce que la surveillante dise : “J’en ai marre.”

En séance, je vois souvent des enfants parfaitement obéissants qui souffrent énormément.

Pas parce qu’ils font mal, mais parce qu’on ne leur a pas encore donné tous les outils dont iels ont besoin.

Mon enfant rapporte tout à la maîtresse : comprendre avant de corriger

Ce que ce comportement dit vraiment de ton enfant

Ton enfant rapporte tout à la maîtresse.

Ce n’est pas un enfant difficile.
Ce n’est pas un enfant manipulateur.
Ce n’est pas un enfant qui cherche à nuire.

C’est un enfant qui souffre.
Et qui utilise le seul outil qu’iel possède pour que ça s’arrête.

Derrière le comportement, il y a toujours un besoin.

Le besoin d’être en sécurité. Le besoin que les choses soient justes.
Le besoin d’exister dans le groupe sans se battre pour ça.

Ce besoin-là est légitime.

Ce qui manque, c’est la façon d’y répondre autrement.

La différence entre rapporter par peur et rapporter par manque d’outils

Il y a deux types d’enfants qui rapportent tout.

Ceux qui rapportent pour contrôler.
Pour attirer l’attention.
Pour avoir du pouvoir sur les autres.

C’est rare, mais ça existe.

Et ceux qui rapportent parce qu’ils ne savent pas quoi faire d’autre.
Parce que personne ne leur a appris.
Parce que face à un conflit, à une injustice, à une exclusion, iels n’ont qu’une seule réponse disponible : aller chercher un adulte.

Vélys était dans la deuxième catégorie.

La plupart des enfants le sont.

Et ces deux profils n’ont pas besoin de la même réponse.

Dire à un enfant qui manque d’outils de “se débrouiller” ou de “ne plus rapporter”, c’est lui retirer le seul outil qu’il possède.

Sans rien mettre à la place.

Ce que j’observe en séance, c’est que ces enfants-là apprennent très vite.

Dès qu’on leur donne les bons outils, quelque chose change.

Dans leur posture.
Dans leur regard.
Dans la façon dont les autres les traitent.

Se défendre seul·e, ça s’apprend et ce n’est pas devenir violent·e

Ce que défense et violence ne partagent pas

“Si je lui dis de répondre, il va se battre.”

C’est la première crainte que j’entends, toujours.

Et elle est compréhensible. Parce qu’on confond deux choses très différentes.

La violence, c’est chercher à blesser.
C’est une attaque.
C’est vouloir faire du mal à l’autre.

La défense, c’est autre chose.

C’est protéger ce qui t’appartient, ta place, ton espace, ton intégrité, sans attaquer.

Un enfant qui apprend à se défendre n’apprend pas à frapper.

Iel apprend à exister sans demander la permission.

Ce qu’assertivité veut dire concrètement pour un enfant

L’assertivité, c’est un grand mot.
Mais derrière, c’est simple.

C’est savoir dire “non” sans exploser.

C’est poser une limite sans s’effondrer.

C’est prendre sa place sans écraser celle des autres.

Pour Vélys, ça a voulu dire apprendre à dire “et qu’est-ce que ça te fait” à Martin qui lui dit que c’est pas son tour de laver le tableau.

Sans aller chercher la surveillante.
Sans pleurer.
Sans rendre la pareille.

Juste : “Et qu’est-ce que ça te fait.”

Une phrase simple, une posture, un regard qui tient.

Ce n’est pas inné.
Ça s’apprend, et ça change tout.

Ce que je vois systématiquement, c’est que quand un enfant commence à poser ses limites avec calme et clarté, les autres enfants s’ajustent.

Pas toujours tout de suite, mais ça vient.

Sept pistes concrètes pour que ton enfant rapporte moins et s’affirme plus

Valider le ressenti sans valider la stratégie

Quand ton enfant revient de l’école en disant que la maîtresse a rien fait, que personne ne veut jouer avec iel, que c’est pas juste.

Commence par là : “Je comprends que tu aies eu envie d’aller voir la surveillante. Tu voulais que ça s’arrête.

Pas de jugement, pas de “t’aurais pas dû”, pas de “c’est pas grave”.

Juste : le ressenti d’abord.

Ensuite, une seule question: “Est-ce que ça a changé quelque chose ?

Là, l’enfant réfléchit, tout seul.
Sans que tu lui donnes la réponse.

Ouvrir la réflexion ensemble, sans donner la réponse

La tentation, c’est de dire quoi faire: “Tu aurais pu lui dire ça.” “La prochaine fois, fais comme ça.”

Résiste.

Pose la question à la place: “Toi, qu’est-ce que tu aurais pu dire ou faire dans ce moment-là ?

Laisse le silence.
Laisse ton enfant chercher. Même si ça prend du temps. Même si la réponse est imparfaite.

C’est dans cette recherche-là que quelque chose se construit.

Pas dans ta réponse à toi.

Construire la puissance personnelle

Avant de savoir quoi dire, l’enfant doit savoir qui iel est.

C’est ça, la puissance personnelle. 
Ce sentiment intérieur que j’ai ma place.
Que je compte.
Que ce qui m’arrive mérite d’être pris au sérieux.

Que j’ai la force de faire les choses, que je suis capable, que j’ai le droit. 

Un enfant qui ne se sent pas légitime ira chercher un adulte pour valider ce qu’il ou elle ressent.
Parce que seul·e, iel n’y croit pas encore.

Apprendre à réguler ses émotions


Avant de pouvoir répondre à Martin, il faut pouvoir gérer ce qui se passe à l’intérieur.

La colère, la honte, la boule dans le ventre, la gorge qui se serre, les yeux qui pleurent…

Un enfant submergé par ses émotions ne réfléchit pas. 

Réguler, ce n’est pas effacer ce qu’on ressent.
C’est apprendre à ne pas en être esclave.
C’est connaître l’émotion ressentie, c’est savoir ce qu’elle m’exprime.
C’est connaitre les moyens pour la laisser continuer son chemin.

Prendre du recul avant d’agir

Le recul, c’est cette seconde entre ce qui se passe et ce qu’on fait.

Une seconde pour observer, pour choisir, pour décider quelle réponse on veut donner plutôt que de la subir.

Le recul c’est aussi savoir et comprendre que ce que l’autre dit n’est pas ce que je suis, c’est sa vision de la situation.

Ça s’apprend, même à six ans, même à huit ans.

Et c’est souvent ce tout petit espace-là qui change tout.

Travailler l’assertivité en dehors des crises

La cour de récré, c’est le mauvais endroit pour apprendre. Trop d’émotions, trop d’enjeux, trop de pression.

L’assertivité, ça se travaille au calme, à la maison. 

Dans un jeu de rôle, dans une mise en situation inventée.

“Je fais semblant d’être Martin. Je te dis que c’est pas ton tour de laver le tableau. Qu’est-ce que tu me réponds ?”

On rejoue, on essaie, on rate, on recommence. 
Et ça devient naturel.

Apprendre à distinguer ce qui nécessite un adulte de ce qu’iel peut gérer seul·e

Tout n’a pas le même poids. Ton enfant a besoin de le comprendre.

Il y a les situations qui nécessitent un adulte.
Quand il y a un danger.
Quand c’est répété.
Quand iel ne se sent plus en sécurité.
Quand malgré que ton enfant se défend, la situation ne s’arrête pas. 

Et il y a les situations qu’iel peut gérer seul·e.
Une remarque.
Un tour contesté.
Une balle qu’on ne veut pas prêter.

Apprendre à faire cette différence, c’est une compétence en soi.
Et ça se travaille, comme toutes les autres.

En séance, c’est souvent ce moment-là qui change tout.

Quand l’enfant réalise qu’iel a le droit de gérer certaines choses seul·e.

Que ça ne veut pas dire abandonner.

Que ça veut dire grandir.

Ce que ça change concrètement et pourquoi l’objectif, c’est l’autonomie

Apprendre à distinguer ce qui nécessite un adulte de ce qu’iel peut gérer seul·e


Après 8 séances, Vélys se défendait seule.

Elle a arrêté l’accompagnement. 

Elle n’avait plus besoin de moi.

Ce n’est pas un hasard. 
C’est exactement l’objectif.

Je ne cherche pas à créer une dépendance à l’adulte.
Pas à la maîtresse.
Pas au coach.

Je cherche à rendre l’enfant autonome dans ses ressources.

Parce qu’un enfant qui sait poser ses limites, qui sait dire “ça ne me convient pas” sans exploser ni s’effondrer, c’est un enfant qui change les dynamiques autour de lui.

Pas parce que les autres ont changé.
Parce qu’iel a changé.

Vélys n’est plus allée trouver la surveillante pour les mêmes choses.

Pas parce qu’on lui a interdit.

Parce qu’elle n’en avait plus besoin.

C’est ça, l’autonomie.
Ce n’est pas se débrouiller seul·e dans le vide.

C’est savoir quand on a besoin d’aide.
Et savoir quand on peut y aller seul·e.

Un enfant qui sait ça, c’est un enfant qu’on ne peut plus ignorer.

Mon enfant rapporte tout à la maîtresse. Et pourtant, rien ne change.

Ce n’est pas un échec, c’est un signal.

Le signal qu’il manque des outils. 
Pas de la bonne volonté.
Pas d’amour.
Pas d’intelligence.

Des outils.

La puissance personnelle pour se sentir légitime.
La régulation pour ne pas être submergé·e.
Le recul pour choisir sa réponse.
L’assertivité pour prendre sa place sans violence.

Ces compétences-là, ça s’apprend, à six ans, à huit ans, à dix ans.

Et quand un enfant les intègre, quelque chose change.
Dans la cour de récré, dans ses relations, dans la façon dont les autres le ou la traitent.

Vélys n’a plus besoin de la surveillante pour exister.

Ton enfant non plus n’en aura plus besoin.

Si tu reconnais ton enfant dans cette histoire, il existe deux façons de l’accompagner concrètement.

Le coaching individuel, pour travailler en profondeur la puissance personnelle, la régulation, les limites, le recul et l’assertivité de ton enfant. Un suivi sur mesure, à son rythme.

Les Ateliers Orya, des ateliers en groupe pour les 6-10 ans. Apprendre à se défendre, poser ses limites et trouver sa place. À travers le jeu et des outils concrets.

Parce qu’un enfant qui sait exister par lui-même, c’est un enfant qu’on ne peut plus ignorer.